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Auvergne Architecture
n° 21
La revue du Conseil
régional de l'Ordre des Architectes d'Auvergne.
Maisons
individuelles Quelle place pour
les architectes ?
Tous
les architectes connaissent les difficultés à s'imposer
sur le marché, qui a subi de sévères revers
à la fin des années quatre-vingts. Mais les résultats
d'une enquête menée sur l'année 1998 en ont
surpris quand même plus d'un. On relève que 5 % seulement
des maisons individuelles sont dessinées par des architectes,
alors que les "pavillonneurs" conservent et de loin, la plus grosse
part du gâteau avec 80 % du marché, en augmentation
de 13 % par rapport à l'année précédente.
Et que beaucoup d'entre eux détournent la loi de 1977,
imposant le visa d'architecte pour les habitations de plus de
170 mètres carrés, en faisant signer les formulaires
du permis de construire par leur "client", transformés
ainsi en "maître d'ouvrage construisant pour son compte
personnel". Résultat : les architectes n'ont déposé
que quatre permis sur dix, dans deux départements pris
à titre d'exemple par le CREDOC.
C'est peu,
presque dérisoire par rapport aux 180 000 maisons individuelles
construites l'année dernière en France. Un marché
qui aurait intéressé plus d'un architecte même
si les prix moyens sont plutôt étriqués. Ils
avaient déjà subi les effets pernicieux des décrets
d'application de la loi de 1977, introduisant des seuils, et de
la loi Quilliot supprimant le contrôle par le CAUE (1) des
projets établis sans architecte, sur la qualité
des constructions. Qu'en a retenu le grand public ? Que l'architecte
n'était pas obligatoire pour des réalisations de
faible importance, voire que son intervention devenait un signe
extérieur de richesse. Tacitement, les architectes et les
constructeurs de maisons individuelles se sont donc répartis
géographiquement la commande : aux premiers, les sites
urbains, aux autres, les périphéries de nos cités
et les villages.
Combien
ça coûte ?
Dépourvus
le plus souvent de culture architecturale (2) les clients s'intéressent
avant tout au prix qu'ils doivent payer pour aller jusqu'au bout
de leur rêve. Ce qu'ils demandent avant tout ? "Pas forcément
une uvre unique mais surtout des prix modérés,
constate François Mercier, architecte. Rares sont ceux
qui attendent de leur maison une certaine image. Non, beaucoup
d'entre eux ne tiennent pas à se lancer dans une telle
"aventure" et préfèrent classiquement la copie d'une
maison sans grand caractère, mais qui se vende ensuite
facilement". Or la tendance s'est retournée depuis
quelque temps en faveur des "maisons d'architecte", un argument
employé de plus en plus dans les petites annonces.
Deuxième
obstacle et non le moindre : la question des honoraires. Brutalement
et sans aucune formation, le client découvre le pourcentage
qui revient à l'architecte qu'il juge souvent trop élevé.
Pourquoi donc rajouter des honoraires ? Les architectes, on le
sait, doivent l'afficher clairement alors que les "pavillonneurs"
se servent habilement de la loi en ne précisant pas leur
marge. "Or, cette transparence, malheureusement, n'intéresse
pas forcément le client", remarque encore François
Mercier. Par manque de connaissance, le client ne s'aperçoit
pas que les prestations ne sont pas les mêmes, déplore
Michel Mangematin, philosophe de l'architecture, et qu'au bout
du compte les bénéfices du "pavillonneur" sont souvent
plus élevés que les honoraires de l'architecte.
Philippe Boudignon
va même plus loin, estimant que le client récupère
en fait une partie de ces honoraires, grâce aux prix obtenus
par les architectes et qu'il sait précisément les
engagements pris au départ, sans avoir à l'arrivée
quelques déconvenues, comme c'est parfois le cas avec certains
"pavillonneurs". Il n'hésite pas à prendre quelques
exemples observés au cours de sa carrière, sans
aller jusqu'au départ précipité de certains
constructeurs, laissant l'acheteur complètement démuni.
"Celui-ci se retrouve parfois avec un confetti de carrelage
dans la salle de bain, pas de dalle dans le garage, ni de raccordement
aux égouts". Et rassurant, il ajoute clairement : "Quelque
soit l'enveloppe budgétaire, je maintiens la même
démarche".
Le
sur-mesure
Sur son bureau,
encombré de dessins en tous genres, Boudignon choisit deux
ou trois esquisses de maisons pour un nouveau client. Pour lui,
la maison individuelle représente environ un tiers de son
chiffre d'affaires. Une exception dans la profession. Son secret
? Le bouche à oreille mais aussi le temps passé
avec chaque client, du choix du terrain à la remise des
clés. "Entre nous, s'établissent des rapports
intenses, confie-t-il. Je me bats surtout sur les volumes
intérieurs et les aménagements pour que mes clients,
qui deviennent souvent des amis, se sentent bien".
C'est là
que se niche la principale différence entre l'architecte
et le constructeur de maisons individuelles, dans la démarche
qui aboutit au sur-mesure. Aider les clients à confier
toutes leurs aspirations pour les traduire ensuite en volumes,
en niveaux, en valeurs, en ambiances lumineuses, en matériaux,
bref les amener à se libérer des formes qu'ils connaissent
pour cerner leurs véritables be-soins. "Du cousu-main
adapté à chaque cas, à l'opposé des
projets que le client doit signer dès le départ",
lance Michel Mangematin. Il lui est arrivé de multiplier
les allers et retours "inévitables et souhaitables",
de reprendre trois ou quatre fois le projet et même de retrouver
les origines d'un couple de portugais, qui l'avait invité
à venir sur place, pour ramener une maison mégalithique,
conforme à la lourdeur du baroque et aux couleurs violentes
du pays : blanc, bleu violacé, jaune d'or...
A chaque fois,
l'architecte devient un véritable partenaire. Mais la grande
majorité des futurs demandeurs hésite à franchir
le pas. Cette recher-che en commun n'est pas donnée à
tout le monde. Bien souvent, ils n'ont entendu parler des architectes
que pour les grands projets, surtout au cours de ces dernières
années. Bizarrement, ils craignent leur savoir faire. Qu'auront-ils
donc à leur deman-der ? Sont-ils prêts à se
livrer devant des inconnus ? Ont- ils vraiment mesuré leurs
besoins ? Pour beaucoup d'entre eux, finalement, la solution du
"pavillonneur" proposant quelques modèles leur semble plus
rassurante.
Dans ce cadre
là, ils achètent un produit fini pour un certain
prix et ils ont l'impression de maîtriser le coût
final. Or, l'architecte ne dispose pas des moyens juridiques pour
vendre une maison clè en main, et le client doit alors
lui faire confiance. Tout cela ne joue pas en sa faveur et il
est un peu démuni face à cette concurrence. Et pourtant
"un espace où l'on passe plus de la moitié de sa
vie ne peut être laissé au prêt-à-porter",
estime Roland Ondet, architecte.
Un
médiateur
"Il ne
peut y avoir de bonne conception qu'avec un bon maître d'ouvrage",
affirme l'architecte américain Franck Lloyd Wright. Qui
oserait le contester ? C'est vrai non seulement pour la maison
elle-même mais encore (et surtout) pour son intégration
dans le paysage. Certes, il n'est plus possible aujourd'hui de
construire un chalet savoyard dans le Cantal. Dans la mesure du
possible, il faut maintenant se mouler dans le paysage et ainsi
le respecter. A la différence de Le Corbusier ou de Mies
Van der Rohe, on ne veut plus de "maison monument". Mais on est
encore loin d'avoir adopté à notre profit le proverbe
chinois : "La maison appartient à celui qui la regarde".
Dommage, car cela aurait sans doute permis de sauver quelques
villages du désastre !
Entre les
demandes parfois extravagantes du client et les règles
d'urbanisme, l'architecte reste toujours le médiateur idéal,
car notre règlement est compliqué, résume
Daniel Janin, responsable des permis de construire à la
DDE (3). "Avec l'architecte, nous utilisons, le même
langage. C'est un intermédiaire indispensable qui peut
expliquer les règlements à ses clients mieux que
l'administration peut le faire".
D'un autre
côté, l'architecte peut se sentir ficelé par
le règlement d'urbanisme d'un plan d'occupation des sols,
pas toujours bien accepté non plus par les élus
que le POS met souvent en porte à faux par rapport aux
habitants. La discussion, alors, porte toujours sur les adaptations
d'un nouveau bâti typique traditionnel.
Dans l'ensemble,
le Puy-de-Dôme, qui s'est préoccupé très
tôt de la qualité architecturale, quelques mois seulement
après la sortie des textes sur les maisons individuelles,
en 1977, a échappé au pire, constate Daniel Janin,
avec des périodes plus rigoureuses que d'autres. Dans les
années où la construction s'est envolée,
les services de l'équipement ont dû quand même
redoubler d'efforts pour empêcher certains "pavillonneurs"
de proposer plusieurs dizaines de maisons identiques, dans le
cadre des AFU (4) et des lotissements. Et l'on arrive aujourd'hui
à avoir des quartiers nouveaux qui présentent un
certain relief.
Mais il ne
faut pas croire que la partie est définitivement gagnée,
redoute Daniel Janin, qui subit la pression des investisseurs.
Le développement de l'habitat diffus a pratiquement cessé
dans la mesure où le département est couvert largement
par des documents d'urbanisme, qui ont permis une réflexion
à la fois sur l'urbanisme et l'architecture. Avant d'envisager
de nouveaux secteurs pour accueillir la maison individuelle, il
vaudrait mieux continuer à construire dans les zones déjà
urbanisées. Les terrains existent pour un demi siècle
encore, mais les élus subissent de fortes pressions de
la part des lotisseurs pour laisser filer le marché. Dans
cet affrontement, qui l'emporte-ra ? Heureusement, les dernières
tendances laissent présager une issue plutôt optimiste.
En effet, le marché du neuf arrive loin derrière
celui de la réhabilitation (Voir notre encadré,
"Un marché dopé"). Mais la plupart des candidats
actuels aux maisons individuelles sont coincés par leur
budget et réclament donc les mêmes modèles,
contribuant ainsi à uniformiser la demande.
Une
réaction timide
Face au vide
commercial qui a permis aux "pavillonneurs" de s'engouffrer dans
un marché en pleine expansion, au début des années
quatre-vingts, une poignée d'architectes a décidé
de réagir et de se doter des mêmes outils que leur
concurrents. La dernière loi sur l'architecture leur en
donnait la possibilité sous certaines conditions, celle
de s'installer en sociétés de construction qu'ils
devaient en revanche contrôler impéra-tivement. Au
lendemain du congrès de Biarritz, en 1982, au cours duquel
deux grandes résolutions avaient été adoptées
: former les architectes à ce "nouveau" métier et
leur permettre de constituer un outil performant, 300 architectes
se sont lancés dans l'aventure.
L'enjeu en
valait la peine car il s'agissait de créer enfin des sociétés
de type commercial pour proposer un système "clès
en mains", qui les plaçait au même niveau que les
"pavillonneurs". D'autant plus qu'ils réussirent en même
temps à monter une société de caution mutuelle
avec les Banques populaires pour apporter la garantie bancaire
puis à lancer, deux ans plus tard, un office foncier national
situé à Clermont, qui leur donnait les moyens de
devenir de véritables agents immobiliers. Dès la
première année, le succès était au
rendez-vous. "De plus en plus de clients s'intéressaient
à nos produits car nous leur apportions une plus-value",
se souvient François Mercier, qui a participé
dès le départ à l'une de ces sociétés
en Auvergne.
Jusqu'au jour
où les premières lézardes sont appa-rues
: le groupe d'origine s'est divisé en deux (les architectes
bâtisseurs et les architecteurs), puis les architectes ont
refusé d'adhérer au Syndicat de la maison individuelle,
craignant une transformation radicale de la profession. Enfin,
le net ralentissement du marché, dans les années
85-90, a donné en quelque sorte le coup de grâce
à cette initiative courageuse, qui continue mais au ralenti.
Peut-on dire aujourd'hui que l'architecte est suffisamment armé
pour affronter le marché avec les mêmes armes que
ses concurrents ? Oui juridiquement. Mais c'est faire fi de la
mentalité des acheteurs qui ne veulent rien risquer quand
il s'agit du plus gros investissement de leur vie. Devant tant
de préjugés, il ne reste plus aux architectes qu'à
se mobiliser, pour expliquer, expliquer encore leurs atouts et,
on le sait, ils sont nombreux.
(1) Conseil
d'architecture, d'urbanisme et d'environnement.
(2) Il serait
bon de réfléchir avec les services des Ministères
de la Culture et de l'Education Nationale à des dispositions
pour que les valeurs de l'architecture puissent enfin être
connues de tous et qu'elles ne soient pas réservées
à quelques initiés.
(3) Voir le
résumé de la table ronde entre les représentants
de l'Equipement et les architectes dans le dernier numéro
d'"Auvergne Architectures" daté de mars.
(4) AFU :
Association foncière urbaine.
Le client
récupère une partie des honoraires grâce aux
prix obtenus par les architectes. ne
peut être laissé au prêt-à-porter.
Les "maisons
d'architecte" deviennent un argument de vente dans les petites
annonces.Entre
les demandes parfois extravagantes du client et les règles
d'urbanisme, l'architecte reste toujours un médiateur idéal,
estime le représentant de la DDE
L'ELU ET L'ARCHITECTE.
A
entendre nos élus locaux, chaque Français ne rêve
que de son "Sam'suffit", une maison anonymemais surtout individuelle.
Cet idéal reste très répandu, et accessible
dès lors qu'un constructeur propose du pavillon pratiquement
au tarif d'une
location en collectif, en s'appuyant sur des financements plus
ou moins favorables selon les époques et les clients :
prêts PAP, prêts à 0 %, aides personnalisées
au logement... L'architecture peut-elle retrouver ses petits dans
ce domaine dont elle a été si longtemps exclue ?
La
décision d'un constructeur comme le Crédit immobilier
du Puy-de-Dôme de créer une nouvelle gamme de maisons
en faisant appel aux jeunes pousses de l'architecture régionale
marque une volonté louable de réintroduire la profession
dans ce paysage. Mais lesdits paysages sont aussi gérés
par des élus. Comment perçoivent-ils la place de
l'architecte dans ce "créneau", qu'en disent-ils ?
Beaumont
: une vision d'ensemble
Beaumont,
10 000 habitants, à dix minutes du centre ville clermontois,
est depuis longtemps très demandée : « Nous
ne faisons pas la course à l'urbanisation », explique
le maire Alain Dumeil, « nous freinons plutôt. »
Priorité à la mixité : collectif et individuel,
locatif ou accession à la propriété, «
c'est un gage d'équilibre. » Elle inclut aussi
une variété dans la taille des terrains à
construire. Au fil des ans, de nombreuses associations foncières
urbaines (AFU : association de propriétaires qui aménagent
un secteur en liaison avec la municipalité, puis vendent
ou construisent) ont modelé le paysage ; mais Beaumont
compte aussi un nombre important de maisons locatives, de plus
en plus demandées.
Pour Alain
Dumeil, la SEMIB (société d'économie mixte
immobilière de Beaumont) est un bon outil de régulation
de la construction en fonction du POS, des règlements
de zone... mais en restant à la disposition du particulier
: « Il faut réglementer un peu, mais pas trop...
Le propriétaire garde toute maîtrise de ses choix.
Il y a parfois des fausses notes, mais pas d'uniformité.
Chacun doit pouvoir construire selon ses aspirations. »
Ici, les architectes indépendants restent assez présents
sur un marché où le centre ancien, "retapé"
et ainsi préservé par une population immigrée
du Portugal depuis 30 ans, a servi de "locomotive". Ce secteur
sauvegardé est aujourd'hui très recherché,
et plusieurs rénovations réussies ont valu à
des architectes d'être sollicités pour des maisons
en dehors du centre. La mairie a joué son rôle dans
cette dynamique, en élaborant un "fond de plan" après
étude d'un architecte-urbaniste (Alain Perret, Clermont).
Ce plan a permis d'aérer le centre, par démolition
de certaines parcelles : « Là, il fallait une vision
d'ensemble, donc une démarche publique. »
Cournon
: dix
ans pour réparer les dégâts
C'est bien
ce qui a manqué à Cournon, envahie dans les années
70 par une marée de pavillons. « De 7 à
800 par an à l'époque, le rythme des constructions
est passé aujourd'hui à 50 (94 en 1998, chiffres
DDE ndr)... mais le mal était fait. Le pavillonneur
était roi, il y avait un laisser-aller avec le strict minimum
légal sur les volumes et l'aménagement de l'espace
», commente le maire Catherine Guy-Quint. « Notre
premier POS (en cours de révision) a réduit l'aire
constructible pour lutter contre le mitage et les dents creuses
: bien nous en a pris ! On arrive aujourd'hui à une certaine
continuité dans le bâti, mais il a fallu dix ans
pour que ça soit visible. L'architecte-conseil de la DDE
a plusieurs fois fait refaire leur copie à des promoteurs,
qui n'ont pas tous apprécié. » Cela dit,
les contraintes architecturales restent modérées,
limitées au POS, « avec parfois une réflexion
du genre : "vous ne trouvez pas que c'est franchement laid ?"
Mais on respecte la liberté individuelle ; je ne peux pas
dire que la ville recèle beaucoup de très belles
maisons », euphémise le maire.
Aujourd'hui,
la demande a évolué. En locatif, les maisons de
ville de l'OPAC du Puy-de-Dôme et d'Auvergne Habitat ont
« rééquilibré » le niveau architectural
: « On com-munique plus facilement nos lignes directrices
à ces constructeurs », explique Catherine Guy-Quint.
Aurillac
: "ouvrir" le pavillonnaire à
l'architecture
Dans le Cantal,
« pour sa plus grosse part, ce marché échappe
aussi depuis longtemps aux architectes, qui sont jugés
trop chers, sauf dans le créneau forcément limité
de la rénovation traditionnelle », estime Jean-Louis
Estival, architecte. A Aurillac même, le terrain constructible
est rare et la demande forte. Yves Retière, adjoint à
l'urbanisme, espère la "dégonfler" avec l'ouverture
prochaine à la construction d'une zone de 15 ha sur le
secteur de Belbex, mêlant logement social et accession à
la propriété. « Nous recherchons ce panachage,
car la demande de locatif est très forte face à
un parc trop réduit. » Là aussi, la construction
en PLA réserve peut-être plus de place à l'architecture
que le pavillonnage classique. Autre créneau, celui des
retraités aisés de retour au pays Auvergnats
de Paris ou d'ailleurs.
Pour Yves
Retière, la protection des sites est une valeur en hausse,
non seulement au sein du nouveau POS qui intègre un "plan
couleur" plus respectueux des couvertures et plus incitatif pour
varier les teintes de crépis, mais aussi dans l'esprit
de ses concitoyens. « Il s'est construit, dans les années
70, beaucoup plus de quantitatif que de qualitatif »,
dit-il pudiquement, « mais la tendance s'inverse, les
gens sont plus attachés et respectueux du patrimoine bâti.
C'est vrai que le traditionnel est beau, qu'il doit être
préservé, mais il n'y a pas que ça ; l'individuel
social, de toute façon, ne peut pas être du "pur
style auvergnat". De même que nous ouvrons la commande publique
au plus grand nombre possible d'architectes et aussi de
paysagistes, pour requalifier nos entrées de ville ,
il faut que le pavillonnaire s'ouvre aussi. Nous avons un souci
de qualité dans ce domaine. » Quant aux architectes,
l'élu local les classe en trois catégories : «
le solitaire, qui améliore très bien l'habitat,
fait un peu de pavillonnaire et c'est tout ; le cabinet plus susceptible
de travailler en réseau, de fournir des avant-projets mieux
"charpentés", et qui trouve des choses intéressantes
à faire en maison individuelle ; et enfin les grands ténors,
qui n'en font pas tellement. Mais il y a presque trop d'architectes
sur notre région, c'est difficile pour eux. »
Des compétences
majeures... mais difficiles
Michel Lafont,
maire du Rouget, conseiller général et à
ce titre président du CAUE (voir encadré) du Cantal,
souligne aussi « la prise de conscience très nette
de la richesse de ce patrimoine ». Nombre de particuliers,
notamment des créateurs de gîtes ruraux, font appel
au CAUE ; dans le domaine du lotissement, le département
accorde une aide supplémentaire en échange du respect
d'un cahier des charges environnementales. Mais globalement, on
reste toujours dans le même dilemme : si le POS est trop
contraignant, personne ne construit ; s'il ne l'est pas assez,
on peut avoir n'importe quoi... Et pourtant, « il y a
de la recherche architecturale et de la compétence dans
les cabinets locaux, c'est certain. »
Yves Debord
est maire de Sansac, commune proche d'Aurillac qui aurait pu subir,
à plus petite échelle, le sort de "cité-dortoir"
de Cournon. « Pour de petites communes comme nous, l'urbanisme
et l'habitat sont des compétences ma-jeures, mais difficiles
: nous ne sommes pas armés pour cela. Nous avons besoin
de compétences extérieures. » Sur un prochain
lotissement, deux architectes ont été sollicités
en amont : l'un pour un conseil d'aménagement global, l'autre
pour « imaginer les types de construction ». D'où
un cahier des charges incluant l'orientation des bâtiments,
les couleurs de couvertures et de façades, les pentes de
toit... mais laissant néanmoins une latitude architecturale
certaine aux acheteurs ; le locatif est confié à
l'office HLM départemental, l'accession se partagera entre
particuliers et pavillonneurs.
A chacun ses
architectes... ou pas ! Le principe de mixité, sur lequel
insistent tous les élus, suffira-t-il pour "tirer vers
le haut" la qualité architecturale moyenne ? A long terme,
peut-être... Pour sa part, Yves Debord reste surtout vigilant
sur le travail de protection paysagère de sa commune, et
espère poursuivre avec l'école d'architecture de
Clermont un parte-nariat qui a bénéficié
au patrimoine communal. Sansac a notamment réalisé
une Maison du bâti, à la fois ouverte au grand public
et "banque de données" sur les savoir-faire en matière
de construction traditionnelle.
Initiatives
modestes
Jean-Louis
Estival, qui est également élu local, est moins
optimiste quant à cette prise de conscience publique de
l'importance de l'architecture dans les constructions individuelles.
Comme professionnel, il est sans doute plus critique : «
Il n'y a pas vraiment de culture de nos concitoyens quant à
leur cadre bâti quotidien ; mais du coup, nous ne cherchons
plus vraiment, nous architectes, à faire des contre-propositions
à ce que nous voyons apparaître. Encore faut-il en
avoir le temps, ce qui n'est pas facile pour une profession indépendante
comme la nôtre... » A l'échelle de sa commune
de Giou-de-Mamou, l'élu local a néanmoins trouvé
le temps d'impulser un développement plus harmonieux du
bourg par un souci de maillage, de masquer les constructions «
désagréables », de soigner l'environnement
en faisant notamment la chasse aux "taupinières"
qui veulent hisser de force un paysage à hauteur d'une
terrasse en R+1... Le stockage des pierres issues de démolitions
a permis de constituer « une sorte de carrière
communale, pour alimenter et préserver un environnement
traditionnel... » Initiatives petites, limitées,
certes ; mais la résurgence de l'architecture dans un domaine
aussi diffus passe sans doute par ce modeste travail de terrain,
sauf à attendre une improbable révélation
chez tous les amateurs de "Sam'suffit", ou une plus forte "stimulation"
par les pouvoirs publics. Mais outre qu'elle est fort improbable,
au nom de la liberté pour chacun de construire comme il
l'entend, il serait assez illogique qu'une profession indépendante
comme celle d'architecte attende son salut d'un supplément
de réglementation...
Un
marché dopé
Depuis
le début de l'année dernière, le marché
a été dopé grâce aux prêts
Périssol. Selon les chiffres publiés par la
Banque de France, pour 1998, la réhabilitation (acquisition
+ travaux) représente 63 % du marché, le neuf,
seulement 25 %, et les travaux 12 %.
CAUE A voir
avant tout projet !
Les 88 Conseils
d'architecture, d'urbanisme et d'environnement de France sont
des associations régies par la loi de 1901, dotées
d'un rôle essentiellement consultatif, et dont la composition
des conseils d'administration est fixée par décret
ils sont obligatoirement présidés par un
élu local. Ils relèvent officiellement du ministère
de la Culture (comme les écoles d'architecture, ils ont
"vogué" entre l'Equipement et la Culture) et sont financés
par une taxe parafiscale prélevée à l'occasion
de chaque permis de construire. Chaque CAUE peut également
être subventionné par la collectivité départementale,
pour son fonctionnement (le CAUE 63 est logé dans l'hôtel
du département) ou pour des actions spécifiques,
sur la base de conventions particulières : avec les comités
départementaux du tourisme pour les gîtes ruraux,
ou avec le conseil général du Puy-de-Dôme
pour les études de traverses de bourgs, par exemple.
"Informer,
former, conseiller" : leurs missions excluent toute maîtrise
d'uvre. Les particuliers qui envisagent de faire construire
une maison individuelle peuvent les consulter de façon
gratuite et non limitative, mais, au grand regret des personnels
des CAUE, ils ne viennent souvent... qu'après un refus
de permis de construire ! En 1998, le CAUE 63 (10 salariés
dont 7 architectes, un budget proche de 2 MF) a travaillé
à 45 % pour des conseils aux communes, et à 36,5
% pour des particuliers ce dernier chiffre est en hausse
de 10 % par rapport aux années précédentes,
et correspond à 1 450 interventions.
Allier : 19,
rue Régemortes,
03000 Moulins,
tél. 04 70 20 11 00
Cantal : 20,
rue Guy-de-Ve
yre, 15000 Aurillac,
tél. 04 71 48 50 22
Haute-Loire
: 10, rue Jules-
Vallès,
43000 Le Puy-en-Velay,
tél.
04 71 02 88 14
Puy-de-Dôme
: 30, rue Saint-Esprit,
63000 Clermont-Ferrand,
tél.
04 73 42 21 20
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