D o s s i e r

DECEMBRE 99


Auvergne Architecture n° 21
La revue du Conseil régional de l'Ordre des Architectes d'Auvergne.


Restructuration-extension de l'ENITA


Deux phases pour un nouveau visage

La longue restructuration-extension de l'Ecole nationale d'ingénieurs des travaux agricoles de Marmilhat (l'ENITA à Lempdes,Puy-de-Dôme), qui touche à sa fin, a permis de donnerà un ensemble construit dans les années 60, non seulementles surfaces nécessaires à sa mission, mais encorele visage et l'organisation d'une "grande école"­ pratiquement un "mini-campus"universitaire ­ par une interventionen deux phases avec deux équipesde maîtrise d'œuvre.

D'abord école de techniciens puis d'ingénieurs, l'ENITA a vu sa population étudiante doubler en dix ans, pour arriver à un total de 300 futurs ingénieurs spécialistes de l'agro-alimentaire, du développement rural et des productions animales ou végétales. Elle est le fleuron du complexe de Marmilhat, qui regroupe nombre d'autres formations agricoles moins poussées. Le premier concours, pour la restructuration-extension de la partie d'enseignement, début 1995, avait abouti au choix de l'équipe Jean-Yves Berthon & Jean-Claude Collet, associés à Lupi-Chomette (BEHC architectes).

Première phase : redéfinir les espaces

Le parti de l'équipe lauréate s'est essentiellement appuyé sur la notion d'axe central, permettant d'établir des liaisons fortes entre les différents volumes aux fonctions reprécisées (ou créées : espace informatique, centre de documentation...), en repensant les façades avant et arrière comme une enveloppe structurante, conférant à l'ensemble bâti une identité claire. Les espaces d'enseignement, de bureaux ou de laboratoires sont regroupés en unités autonomes.
La construction initiale, édifiée en 1966, était un carré entourant un patio, lui-même traversé d'un bâtiment bas orienté nord-sud ; à la droite de la façade nord, un amphithéâtre indépendant avait été aménagé en 1994 par l'architecte Jean-François Panthéon. Deux nouveaux amphithéâtres (accessibles par le rez-de-chaussée et en R+1) ont été réalisés devant la façade ancienne dont l'auvent a été supprimé. La nouvelle extension englobe les trois amphis d'un habit d'aluminium naturel et de cassettes métalliques blanches, s'effilant en une coursive assez majestueuse : cette vaste courbe clôt aussi l'espace entre le carré initial et la "barre" nord-sud de l'internat. Cet espace jusque là "vague" est dès lors clairement annexé à l'école. Sur la gauche, l'extension est de taille plus modeste, rectiligne et fine, elle abrite les locaux administratifs. Le parvis d'entrée est ainsi bien équilibré, désignant évidemment l'accès principal et le hall, élargi et éclairci.

L'équation des accès

Là s'enracine l'axe principal, la "colonne vertébrale" renforcée dans le bâtiment intérieur ; rehaussé d'un niveau, il sépare plus nettement les deux "demi-patios" d'origine, et distribue les bureaux des enseignants. L'axe est prolongé par une passerelle en acier galvanisé en surplomb d'un jardin planté, pour arriver à un bâtiment neuf, l'extension sud qui inclut le centre de documentation, les équipements informatiques, audiovisuels et multimédias et quelques bureaux. Débordant dans sa longueur les angles du carré initial, il clôt lui aussi l'espace de l'école, avec un pôle arrondi à l'ouest, le centre de documentation tourné vers le bâtiment d'internat. A l'est, il dessert les parkings du personnel, qu'en même temps il masque aux regards. Le pôle de restauration, prévu dans le bâtiment neuf, a finalement été intégré à celui d'internat et donc à la deuxième phase de restructuration.
L'attention des concepteurs s'est particulièrement portée sur les différents "niveaux" d'accès et leur gestion : les parkings sont proches mais dissimulés, les piétons trouvent aisément leurs marques, tant pour entrer dans l'établissement que dans une distribution "à angle droit" où les trois axes de dégagement vers l'ouest desservent les espaces d'hébergement et de restauration. Les étudiants peuvent ainsi, « en pantoufles » selon Jean-Claude Collet, évoluer entre leurs chambres et la restauration, et accéder en soirée à certaines salles de travail ­ mais pas à toutes ­ à travers le jeu clair de coursives.
L'"effet patio", fondement de l'architecture de la construction initiale, a essaimé dans les surfaces et les volumes redessinés et valorisés par les constructions neuves, toutes couvertes en grands bacs aluminium dont les courbes adoucissent les angles droits des toits-terrasses d'origine.

Seconde phase : la quadrature de la barre

Un second concours a en-suite désigné en 1997 l'agence Léaud-Rambourdin-Rivoire (Chamalières) pour la rénovation et l'extension du pôle d'accueil, d'hébergement et de restauration, réalisées en grande partie en site occupé : un premier ensemble (102 lits) a été restructuré en dix semai-nes, à l'été 1997, et un deuxième (112 lits et la restauration) d'avril à septembre 1998. Une unité supplémentaire de 32 lits et l'espace ont été livrés en septembre 1999.
Par rapport à la première phase, le problème architectural se posait en termes délicats : comment harmoniser un grand bâtiment en barre de quatre niveaux avec la déclivité naturelle du terrain, tout en élargissant sa fonctionnalité ? Cette dernière incluait l'obligation d'"ouvrir les murs" pour définir un nouvel espace de colloques, susceptible de recevoir des manifestations extérieures à l'établissement. L'amphithéâtre existant (voir plus haut) devait donc être remanié et agrandi afin d'améliorer ses capacités d'accueil et de convergence avec les autres fonctions présentes dans l'établissement ­ et en particulier son articulation avec le pôle de restauration.
Le parti a été pris de scander l'architecture de cette masse rectiligne (80 mètres environ) par une séquence d'extensions en saillies, sur un axe nord-sud parallèle à la "colonne" du pôle d'enseignement : d'abord l'espace-colloques, vers l'entrée principale, puis l'extension des locaux d'hébergement, tous deux en forme de bâtiments-ponts habités ; et enfin la restauration, nettement dissociée des volumes d'hébergement par un mail arboré.
Utilisé comme espace vert et circulant, ce mail est aussi, à la belle saison, une extension possible en vaste terrasse pour le restaurant de 650 repas. Celui-ci reste donc un volume indépendant, apparaissant comme le point d'orgue de cette rénovation, qui la clôture au sud-ouest : il épouse la pente naturelle de la parcelle, s'y fond même puisqu'une terrasse-jardin, aménagée au dessus des cuisines et trouée de puits de lumière, vient tisser sa toile avec le tapis du paysage qui recouvre doucement l'arrière du bâtiment.


Maître d'ouvrage :
ENITA, mandataire : SCIC-AMO

Première phase :
Restructuration de 2 900 m2 et construction de 3 635 m2 SHON sur le pôle d'enseignement.
Maîtrise d'œuvre :
SCP Jean-Yves Berthon & Jean-Claude Collet associés à Lupi-Chomette (BEHC architectes)
Montant des travaux :19 millions de francs TTC.
Réalisation : 1995-1998

 

Deuxième phase :
Restructuration du pôle d'hébergement (6 300 m2), du pôle de restauration et de l'espace colloques (1 300 m2)
Maîtrise d'œuvre :
Agence d'architectes Léaud-Rambourdin-Rivoire
Montant des travaux : 23 millions de francs TTC.
Réalisation : 1997-2000

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