|
L’architecture
du XXe siècle n’a pas toujours bonne réputation en dehors des
milieux purement professionnels : souvent taxée d’être monotone,
peu solide, construite avec des matériaux trop légers, on considère
aussi, dans un public un peu plus averti, qu’elle s’élève n’importe
où, sans égard pour l’environnement immédiat et le paysage. Même
si ces opinions, émises de manière hâtive, sans réflexion et sans
comparaison, sont exagérées, elles ne sont pas toujours dénuées
de fondement. L’œil de l’amateur d’architecture, qui n’établit
pas de distinction entre les époques, a toujours su faire la part
de la vraie création dans une production d’une abondance inusitée
dans les siècles passés. Pourtant, il fut difficile de faire admettre
aux instances administratives que l’architecture du XXe siècle,
d’une part présentait d’intéressants monuments, originaux, construits
en matériaux novateurs, bien insérés dans le tissu urbain ou le
contexte rural, et d’autre part, était extrêmement menacée par
des appétits destructeurs d’autant plus féroces qu’elle ne jouit
pas de la considération quasi naturelle due à l’ancienneté. C’est
à la volonté et la tenacité des spécialistes, qu’ils soient professionnels
de l’architecture ou du patrimoine, que certains monuments furent
sauvés, étudiés, et restaurés. Ce mouvement commença sous le Secrétariat
d’Etat de Michel Guy, qui, au milieu des années 1970, se passionna
d’abord pour les édifices du XIXe siècle : la destruction des
Halles de Baltard en fut le détonateur. A partir de cette démarche
initiale, l’intérêt ne tarda pas à se porter sur les constructions
des années 1900-1914, dont le style est le prolongement naturel
de celui de XIXe siècle. Ensuite, les historiens des techniques
de l’habitat, les spécialistes d’archéologie industrielle ne tardèrent
pas à attirer l’attention des autorités sur les créations des
années 20 et 30 puis celles des années 50 et 60. En Auvergne,
nous avons la chance de posséder un riche patrimoine thermal datant
des dernières années du XIXe siècle et des premières années du
XXe siècle. Celui-ci, menacé par des aménagements rendus nécessaires
par l’évolution des techniques de soins thermaux, fut parmi les
premiers à bénéficier des protections au titre des Monuments Historiques
: l’ancienne gare de Néris-les-Bains (inscrite en 1975), les Grand-Casino
(inscrit en 1991), le kiosque du parc des Bourins et le Parc des
Sources (classé en 1994), la source Lardy (inscrite en 1986) de
Vichy dans l’Allier ; dans le Puy de Dôme l’établissement de bains
de Royat (en fait sur la commune de Chamalières, inscrit en 1990),
les Grands-Thermes de Chatel-Guyon (inscrits en 1990). Le patrimoine
industriel du XXe siècle protégé est représenté dans notre région
par le viaduc de Barajols dans le Cantal, celui de la Recoumène
au Monastier sur Gazeille en Haute-Loire, et le viaduc des Fades
de Gustave Eiffel. Enfin de nombreuses maisons particulières et
villas de Vichy bénéficent aussi depuis peu de protections. Un
grand progrès a été accompli, mais il reste encore des monuments
du XXe siècle, fermés, abandonnés, détournés de leur usage, et
menacés de destruction. La sculpture monumentale contemporaine
en plein air est l’une des cibles favorites de certaines municipalités
: c’est le rôle de tous, architectes, historiens, sociologues,
archéologues, amateurs, d’alerter les autorités administratives
pour “arrêter le massacre !”. Annie Regond Maitre de conférences
à l’Université Blaise Pascal, département Histoire de l’art
Annie Regonde
Maitre de conférences
à l'université Blaise Pascal
département Histoire de l'art
[Haut
de la page]
|