En guise de conclusion
Par Annie Regond

DECEMBRE 2000

L’architecture du XXe siècle n’a pas toujours bonne réputation en dehors des milieux purement professionnels : souvent taxée d’être monotone, peu solide, construite avec des matériaux trop légers, on considère aussi, dans un public un peu plus averti, qu’elle s’élève n’importe où, sans égard pour l’environnement immédiat et le paysage. Même si ces opinions, émises de manière hâtive, sans réflexion et sans comparaison, sont exagérées, elles ne sont pas toujours dénuées de fondement. L’œil de l’amateur d’architecture, qui n’établit pas de distinction entre les époques, a toujours su faire la part de la vraie création dans une production d’une abondance inusitée dans les siècles passés. Pourtant, il fut difficile de faire admettre aux instances administratives que l’architecture du XXe siècle, d’une part présentait d’intéressants monuments, originaux, construits en matériaux novateurs, bien insérés dans le tissu urbain ou le contexte rural, et d’autre part, était extrêmement menacée par des appétits destructeurs d’autant plus féroces qu’elle ne jouit pas de la considération quasi naturelle due à l’ancienneté. C’est à la volonté et la tenacité des spécialistes, qu’ils soient professionnels de l’architecture ou du patrimoine, que certains monuments furent sauvés, étudiés, et restaurés. Ce mouvement commença sous le Secrétariat d’Etat de Michel Guy, qui, au milieu des années 1970, se passionna d’abord pour les édifices du XIXe siècle : la destruction des Halles de Baltard en fut le détonateur. A partir de cette démarche initiale, l’intérêt ne tarda pas à se porter sur les constructions des années 1900-1914, dont le style est le prolongement naturel de celui de XIXe siècle. Ensuite, les historiens des techniques de l’habitat, les spécialistes d’archéologie industrielle ne tardèrent pas à attirer l’attention des autorités sur les créations des années 20 et 30 puis celles des années 50 et 60. En Auvergne, nous avons la chance de posséder un riche patrimoine thermal datant des dernières années du XIXe siècle et des premières années du XXe siècle. Celui-ci, menacé par des aménagements rendus nécessaires par l’évolution des techniques de soins thermaux, fut parmi les premiers à bénéficier des protections au titre des Monuments Historiques : l’ancienne gare de Néris-les-Bains (inscrite en 1975), les Grand-Casino (inscrit en 1991), le kiosque du parc des Bourins et le Parc des Sources (classé en 1994), la source Lardy (inscrite en 1986) de Vichy dans l’Allier ; dans le Puy de Dôme l’établissement de bains de Royat (en fait sur la commune de Chamalières, inscrit en 1990), les Grands-Thermes de Chatel-Guyon (inscrits en 1990). Le patrimoine industriel du XXe siècle protégé est représenté dans notre région par le viaduc de Barajols dans le Cantal, celui de la Recoumène au Monastier sur Gazeille en Haute-Loire, et le viaduc des Fades de Gustave Eiffel. Enfin de nombreuses maisons particulières et villas de Vichy bénéficent aussi depuis peu de protections. Un grand progrès a été accompli, mais il reste encore des monuments du XXe siècle, fermés, abandonnés, détournés de leur usage, et menacés de destruction. La sculpture monumentale contemporaine en plein air est l’une des cibles favorites de certaines municipalités : c’est le rôle de tous, architectes, historiens, sociologues, archéologues, amateurs, d’alerter les autorités administratives pour “arrêter le massacre !”. Annie Regond Maitre de conférences à l’Université Blaise Pascal, département Histoire de l’art

Annie Regonde
Maitre de conférences
à l'université Blaise Pascal
département Histoire de l'art

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