Historicisme
De la diversité des inspirations
à l’imitation idéale

DECEMBRE 2000

Au début du XXe siècle, l’éclectisme n’a plus l’emphase ornementale propre à une bonne part de l’architecture de la deuxième moitié du XIXe. Privilégiant les références explicites aux répertoires du passé, l’attitude historiciste perdure, particulièrement pour l’architecture privée. Sans renoncer au besoin de paraître, elle permet aux édifices de se distinguer par la variété formelle infinie des styles historiques. L’historicisme connaît également au début du XXe une nouvelle phase d’imitation littérale de ses modèles, au point d’atteindre un état idéal, une pureté stylistique jusqu’alors inconnue. Les impératifs des programmes contemporains continuent pourtant de s’imposer : les copies s’adaptent dans leurs détails ou leurs dispositions générales. Ce mouvement s’illustre particulièrement dans un retour au classicisme français de style Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Ainsi à Clermont-Ferrand, au n°12 cours Sablon, Pierre Rémaury (1877-1959) érige le sobre et monumental hôtel particulier Michelin.

Les châteaux historicistes
Si la seconde moitié du XIXe siècle est l’âge d’or des châteaux de plaisance construits pour l’aristocratie et la haute bourgeoisie, quelques riches demeures perpétuent après 1900 le goût pour les citations historicistes. Pour les transformations du château de Trancis (1909-1913, Ydes, Cantal), l’architecte Louis Raynaud et le sculpteur Emile Gourgouillon (1862-1916), artistes clermontois, déploient les fastes du style Renaissance : tourelle, échauguette, hauts toits découpés… En 1927, l’industriel François-Joseph Troubat (1874-1968) fera construire la Villa de la Louvière à Montluçon. L’architecte montluçonnais Elie (Gustave René) Sappin des Raynaud (1878-1951, Diplômé de l’Ecole Spéciale d’Architecture en 1903) créera une demeure inspirée par le classicisme, complétée par deux ailes en 1953.

 

Les styles “néo” des villas vichyssoises
A Vichy, centre bourgeois très mondain, la vogue des styles exotiques et “néo” se perpétue jusqu’à la Grande Guerre. Ainsi, Henri Décoret (1865 - † vers 1914) et Antoine Percilly (1858-1928) construisent au 19 boulevard Carnot une villa dite “mauresque”, aux éléments inspirés de l’architecture arabe : arcs outrepassés, colonnettes torsadées, carreaux de faïence émaillée, petit dôme en bulbe… La Villa Anne-Marie (8 rue Albert Londres) est érigée pour son propre compte par l’architecte Paul Martin (1870-1958), au début du siècle. Trois niveaux et trois travées ordonnent la façade principale, construite en pierre blanche et en briques. Un fronton-pignon percé d’une lucarne et accosté de deux ailerons à volutes rentrantes évoque l’architecture flamande. Paul Martin érigera de nombreux édifices à Vichy et sa région. La villa et clinique privée du Docteur Maire (rue du Golf, 1911), de l’architecte Samuel Henriquet, s’inspire des hôtels bourgeois et des châteaux gothiques. L’édifice de six niveaux s’élève sur un plan trapézoïdal. Les solutions adaptées pour les baies sont très variées : arcs en plein-cintre, en anse-de-panier, en ogives, fenêtres à croisillons, loggias sur consoles composées… La tour qui marque l’angle des rues est couronnée par un mâchicoulis sur consoles.

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