Nouveaux édifices monumentaux
dans les villes thermales au début du XXe siècle

DECEMBRE 2000

Plusieurs villes thermales d’Auvergne offrent un répertoire d’édifices dans les styles les plus variés.L’architecture thermale doit satisfaire les besoins du public en installations fonctionnelles, modernes et confortables, tout en contribuant à l’atmosphère de villégiatures et de fêtes. Si le développement des stations remonte aux premières décennies du XIXe siècle, la période fastueuse du thermalisme commence au Second Empire. Napoléon III fait de Vichy la “Reine des villes d’eaux”, la première moitié du XXe siècle voit y séjourner les têtes couronnées du monde entier et les célébrités, de Lyautey à Coco Chanel. A partir de la fin des années 1950, la disparition de la clientèle fortunée des curistes des colonies marque le début d’une récession du thermalisme. Mais la période 1900-1940 a été marquée par plusieurs reconstructions d’édifices de cures et par la réalisation de nouveaux casinos, théâtres et hôtels, sans compter les immeubles et les villas toujours nombreuses.

Les Grands Thermes et le pavillon des Célestins de Vichy.
De 1899 à 1903, Charles Le Cœur (1830-1906) et Lucien Woog (1867-1937), architectes nationaux DPLG, reconstruisent l’établissement thermal de Première classe de Vichy. Le plan des Grands Thermes s’organise selon un schéma en grille au sein d’un grand quadrilatère. L’aile sud, longue de 170 m, est animée par deux pavillons d’angle et un pavillon central couvert par un dôme. Des éléments en grès, des tuiles et des briques vernissées de teintes jaunes, oranges et bleues, revêtent à l’extérieur le dôme et son tambour, dont la forme et la polychromie évoquent des modèles romano-byzantin et orientaux. Le hall d’accueil, éclairé par une large baie ouverte en façade, donne accès à deux escaliers monumentaux qui desservent l’étage et des tribunes intérieures ouvertes sur le hall. Des voûtes en anse-de-panier et une coupole (dont l’intrados est souligné par un décor et de petites ouvertures), couvrent les différents espaces. Des panneaux peints intitulés «La source» et «Le bain», dus à Alphonse Osbert (1857-1939), ornent le fond des tribunes. Les sculpteurs Pierre Seguin (1872 - †?) et Paul Roussel (1867-1928), le ferronnier Emile Robert (1860-1924) et le céramiste Alexandre Bigot (1862-1927) sont les principaux auteurs de l’ornementation de l’édifice. Charles Le Cœur est également l’architecte du nouvel établissement thermal de Bourbon-l’Archambault (1881-1885) et du lycée de Montluçon (1880-1884, actuel collège Jules-Ferry). Lucien Woog érige aussi à Vichy le Pavillon de la Source des Célestins, de style néo-Louis XVI (1908).

Le Grand Casino de Vichy
La salle de spectacle du casino de Vichy – érigée par Charles Badger (1822- †?) de 1863 à 1865 – devenue trop exiguë, la décision est prise en 1898 de construire un nouveau théâtre-opéra. Le projet est confié à Charles Le Cœur et Lucien Woog, assistés par Jules Simon, architecte de la Compagnie Fermière. Accolé à l’ancien casino, l’édifice bâti de 1900 à 1903 se distingue d’abord par sa façade principale : mise en scène par une volée de marches et une terrasse, elle se compose d’une avancée centrale encadrée par deux bas-côtés en retrait. Trois travées et trois niveaux organisent l’avancée : trois portes aux ébrasements sculptés donnent accès au vestibule, trois balcons encadrés de colonnes soulignent les baies de l’étage, un entablement orné portant des lucarnes puis un toit d’ardoises terminent la composition. Des masques d’inspiration “mésopotamienne” ornent les angles supérieurs de l’avancée. S’il n’y a pas là de rupture avec le style Beaux-Arts, la simplicité de la composition, la franchise des contrastes de lumière témoignent d’une inspiration “moderne”, alors que le relatif exotisme des ornements affirme la vocation festive de l’ensemble. L’enveloppe de maçonnerie de l’édifice étaie une ossature intérieure de métal et de bois sur laquelle s’appuient tous les planchers et les murs, ainsi que les galandages de staff de la salle de spectacle de 1483 sièges. De forme presque circulaire, pourvue de loges d’avant-scène et de deux balcons superposés, la salle est couverte d’une coupole surbaissée dont les retombées alternent avec trois larges lunettes en anse-de-panier et avec l’ouverture de la scène. Un vaste programme décoratif, marqué par l’Art nouveau et réalisé sous la direction de Léon Rudnicki, fait de ce lieu un chef-d’œuvre, restauré en 1994 et 1995. Dans une harmonie de teintes or et ivoire soulignées de verts, d’ocres et de rouges doux, le thème floral domine : lyre et lauriers d’Apollon, roses, volubilis, marguerites et chrysanthèmes, enroulement de tiges… Des portraits d’artistes célèbres soulignent les retombées de la coupole. A son apogée, une composition circulaire de lyres entoure le dispositif d’éclairage.

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