| Plusieurs
villes thermales d’Auvergne offrent un répertoire d’édifices dans
les styles les plus variés.L’architecture thermale doit satisfaire
les besoins du public en installations fonctionnelles, modernes
et confortables, tout en contribuant à l’atmosphère de villégiatures
et de fêtes. Si le développement des stations remonte aux premières
décennies du XIXe siècle, la période fastueuse du thermalisme commence
au Second Empire. Napoléon III fait de Vichy la “Reine des villes
d’eaux”, la première moitié du XXe siècle voit y séjourner les têtes
couronnées du monde entier et les célébrités, de Lyautey à Coco
Chanel. A partir de la fin des années 1950, la disparition de la
clientèle fortunée des curistes des colonies marque le début d’une
récession du thermalisme. Mais la période 1900-1940 a été marquée
par plusieurs reconstructions d’édifices de cures et par la réalisation
de nouveaux casinos, théâtres et hôtels, sans compter les immeubles
et les villas toujours nombreuses.
Les
Grands Thermes et le pavillon des Célestins de Vichy.
De
1899 à 1903, Charles Le Cœur (1830-1906) et Lucien Woog (1867-1937),
architectes nationaux DPLG, reconstruisent l’établissement thermal
de Première classe de Vichy. Le plan des Grands Thermes s’organise
selon un schéma en grille au sein d’un grand quadrilatère. L’aile
sud, longue de 170 m, est animée par deux pavillons d’angle et
un pavillon central couvert par un dôme. Des éléments en grès,
des tuiles et des briques vernissées de teintes jaunes, oranges
et bleues, revêtent à l’extérieur le dôme et son tambour, dont
la forme et la polychromie évoquent des modèles romano-byzantin
et orientaux. Le hall d’accueil, éclairé par une large baie ouverte
en façade, donne accès à deux escaliers monumentaux qui desservent
l’étage et des tribunes intérieures ouvertes sur le hall. Des
voûtes en anse-de-panier et une coupole (dont l’intrados est souligné
par un décor et de petites ouvertures), couvrent les différents
espaces. Des panneaux peints intitulés «La source» et «Le bain»,
dus à Alphonse Osbert (1857-1939), ornent le fond des tribunes.
Les sculpteurs Pierre Seguin (1872 - †?) et Paul Roussel (1867-1928),
le ferronnier Emile Robert (1860-1924) et le céramiste Alexandre
Bigot (1862-1927) sont les principaux auteurs de l’ornementation
de l’édifice. Charles Le Cœur est également l’architecte du nouvel
établissement thermal de Bourbon-l’Archambault (1881-1885) et
du lycée de Montluçon (1880-1884, actuel collège Jules-Ferry).
Lucien Woog érige aussi à Vichy le Pavillon de la Source des Célestins,
de style néo-Louis XVI (1908).
Le
Grand Casino de Vichy
La salle de spectacle du casino de Vichy
– érigée par Charles Badger (1822- †?) de 1863 à 1865 – devenue
trop exiguë, la décision est prise en 1898 de construire un nouveau
théâtre-opéra. Le projet est confié à Charles Le Cœur et Lucien
Woog, assistés par Jules Simon, architecte de la Compagnie Fermière.
Accolé à l’ancien casino, l’édifice bâti de 1900 à 1903 se distingue
d’abord par sa façade principale : mise en scène par une volée
de marches et une terrasse, elle se compose d’une avancée centrale
encadrée par deux bas-côtés en retrait. Trois travées et trois
niveaux organisent l’avancée : trois portes aux ébrasements sculptés
donnent accès au vestibule, trois balcons encadrés de colonnes
soulignent les baies de l’étage, un entablement orné portant des
lucarnes puis un toit d’ardoises terminent la composition. Des
masques d’inspiration “mésopotamienne” ornent les angles supérieurs
de l’avancée. S’il n’y a pas là de rupture avec le style Beaux-Arts,
la simplicité de la composition, la franchise des contrastes de
lumière témoignent d’une inspiration “moderne”, alors que le relatif
exotisme des ornements affirme la vocation festive de l’ensemble.
L’enveloppe de maçonnerie de l’édifice étaie une ossature intérieure
de métal et de bois sur laquelle s’appuient tous les planchers
et les murs, ainsi que les galandages de staff de la salle de
spectacle de 1483 sièges. De forme presque circulaire, pourvue
de loges d’avant-scène et de deux balcons superposés, la salle
est couverte d’une coupole surbaissée dont les retombées alternent
avec trois larges lunettes en anse-de-panier et avec l’ouverture
de la scène. Un vaste programme décoratif, marqué par l’Art nouveau
et réalisé sous la direction de Léon Rudnicki, fait de ce lieu
un chef-d’œuvre, restauré en 1994 et 1995. Dans une harmonie de
teintes or et ivoire soulignées de verts, d’ocres et de rouges
doux, le thème floral domine : lyre et lauriers d’Apollon, roses,
volubilis, marguerites et chrysanthèmes, enroulement de tiges…
Des portraits d’artistes célèbres soulignent les retombées de
la coupole. A son apogée, une composition circulaire de lyres
entoure le dispositif d’éclairage.
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