Ligne de vie

JUIN 2001


Auvergne Architectures n° 26
La revue du Conseil régional de l'Ordre des Architectes d'Auvergne.


La doube vie
de Vincent Besançon


Architecte toute la semaine, peintre le week end et pendant les vacances, Vincent Besançon mène cette double vie depuis sa sortie de l’École nationale des Beaux-arts de Paris. Il vient de publier son premier carnet de voyage, sur le Vietnam, aux éditions Gallimard.

 

Voilà des années qu’il part ainsi à la rencontre du monde. Et sans le sac de peintures en bandoulière, rempli de tubes de gouache, de pinceaux, de crayons ou de feutres, et les cahiers de dessin qu’il emmène précieusement dans tous ses voyages, il manquerait quelque chose à Vincent Besançon. Peut-être l’essentiel ! À Hué, New York ou Venise, comme en Auvergne, qu’il aime peindre l’hiver. Autant d’échanges vifs et féconds, de scènes aussitôt croquées, d’instants poétiques arrachés au fracas du temps qui passe. Gouaches, dessins et récits s’associent en une vaste fresque qui raconte l’ailleurs.
Cette passion a commencé très tôt, avant même le certificat d’études. Et depuis, il ne s’est jamais arrêté. Ni dans les voyages, bien sûr, ni dans son métier. Au début, il prenait ses pinceaux plutôt qu’un appareil photo pour mieux traduire l’espace et imaginer progressivement le projet. Ses premières impressions sur le terrain viennent toujours de ses croquis ou de ses aquarelles — jamais la peinture à l’huile car elle ne sèche pas assez vite — pris sur le vif et jetés rapidement sur le papier. Dessin et architecture, pour lui, sont étroitement liés. Plus d’une fois, pense-t-il encore maintenant, les aquarelles qu’il rend à chaque concours d’architecture, en même temps que le projet, ont sans doute influencé les jurys.
C’est encore la richesse de ses notes et de ses multiples croquis, rapportés suite à un premier séjour lors des vacances de Noël 1999, qui a séduit les éditions Gallimard. Le besoin, cette fois-ci, d’aller un peu plus loin et de ne pas laisser les carnets de croquis dans un placard, d’un travail véritablement plus poussé. À quoi bon sinon se mettre à l’écoute si l’on ne garde pas l’envie de restituer la dimension du réel et d’en rapporter le récit.

Que deviendraient les voyages, il est vrai, sans le livre, l’image et bien sûr le carnet de voyage, qui en prolongent la trace ?
La “machine” s’est alors mise aussitôt en marche : nouveau voyage au Vietnam à Pâques de l’année dernière pour compléter les premières impressions et premiers allers-retours entre Brioude et Paris pour peaufiner la maquette, intégrer aux croquis retenus — 800 tout de même — les commentaires à écrire à la main, puis sortie du livre quelques semaines avant les fêtes (1). Avec cet ouvrage, disons le tout net, remarquable, Vincent Besançon a rejoint maintenant la grande famille de ces “hommes aux semelles de vent” qui fixent la poussière de leurs voyages dans l’encre et le papier, pour nourrir les chemins de la mémoire (2).

Tenir un carnet, c’est prendre le temps d’écouter, de ressentir, d’observer. C’est, en définitive, passer du statut de voyeur à celui de découvreur, et cela change tout dans le regard porté sur les autres. “Avec l’aquarelle, remarque-t-il, je n’ai pas le même contact qu’avec la photo. J’ai l’impression de ne plus voler quelque chose.” A voir, mais le débat, en tout cas, est ouvert. En peignant les rues du Vietnam, Vincent Besançon a suscité la curiosité des uns et des autres et tissé des liens privilégiés avec les enfants qui lui servaient de modèles, les étudiants en architecture qui s’installaient à côté de lui pour dessiner ou les commerçants qui l’invitaient à boire une tasse de thé dans leur échoppe. Au-delà des mots et des différences culturelles, le dessin a ainsi permis l’échange.

Une trace
Entouré de toute une foule de badauds, écrit son fils Julien, dans la préface, il saisit d’un trait précis et nerveux la surprenante vitalité de ce pays qui après des années de guerre jouit de la paix pour enfin vivre avec frénésie.” En réalité, l’artiste-architecte qu’est Vincent Besançon ne cherche pas vraiment de sujets particuliers chaque fois qu’il voyage : les marchés, la rue, la ville, oui, surtout la ville, qu’il voudrait saisir dans toutes ses nuances. D’abord, par une construction légère, au crayon ou au feutre — et parfois, il ne va pas plus loin —, avant de passer à l’aquarelle, dans un style de plus en plus dépouillé, pour ne garder que l’essentiel. Le voyage lui a permis d’élargir sa palette, de découvrir d’autres formes, d’autres climats et forcément d’autres couleurs. Un peu comme Delacroix pendant son séjour au Maroc, qui ramena un somptueux carnet de voyage.
Tout récit de voyage est un fragment d’autobiographie”, rappelle le célèbre écrivain-voyageur Stevenson. Toujours est-il qu’il permet d’échanger ce goût immodéré de l’aventure que partagent tous les voyageurs. Sans être parfaits — “On aimerait en connaître plus sur la vie de tous ceux que l’on peint”, note l’auteur avec une pointe d’amertume —, les carnets de voyage, en tout cas, laissent une trace, et le plus intéressant n’est d’ailleurs pas tant dans la beauté des choses vues que la singularité du regard posé sur elles. Ils offrent sans aucun doute un antidote contre les griseries de l’éphémère et les étourdissements de l’immédiat.

(1) “Carnet de voyage : Vietnam”, de Vincent Besançon, 110 pages en couleurs, couverture cartonnée, 198 F, éditionsGallimard.
(2) Les dessins originaux de Vincent Besançon, sur le Vietnam mais aussi d’autres destinations, seront exposés à la Maison de la culture de Clermont-Ferrand, du 16 au 18 novembre 2001, lors de la 2è Biennale du Carnet de voyage.

 


 

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