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Auvergne Architectures
n° 26
La revue du Conseil
régional de l'Ordre des Architectes d'Auvergne.
La
doube vie
de Vincent Besançon
Architecte
toute la semaine, peintre le week end et pendant les vacances,
Vincent Besançon mène cette double vie depuis sa
sortie de lÉcole nationale des Beaux-arts de Paris.
Il vient de publier son premier carnet de voyage, sur le Vietnam,
aux éditions Gallimard.
Voilà des années quil
part ainsi à la rencontre du monde. Et sans le sac de peintures
en bandoulière, rempli de tubes de gouache, de pinceaux,
de crayons ou de feutres, et les cahiers de dessin quil
emmène précieusement dans tous ses voyages, il manquerait
quelque chose à Vincent Besançon. Peut-être
lessentiel ! À Hué, New York ou Venise, comme
en Auvergne, quil aime peindre lhiver. Autant déchanges
vifs et féconds, de scènes aussitôt croquées,
dinstants poétiques arrachés au fracas du
temps qui passe. Gouaches, dessins et récits sassocient
en une vaste fresque qui raconte lailleurs.
Cette passion a commencé très tôt, avant même
le certificat détudes. Et depuis, il ne sest
jamais arrêté. Ni dans les voyages, bien sûr,
ni dans son métier. Au début, il prenait ses pinceaux
plutôt quun appareil photo pour mieux traduire lespace
et imaginer progressivement le projet. Ses premières impressions
sur le terrain viennent toujours de ses croquis ou de ses aquarelles
jamais la peinture à lhuile car elle ne sèche
pas assez vite pris sur le vif et jetés rapidement
sur le papier. Dessin et architecture, pour lui, sont étroitement
liés. Plus dune fois, pense-t-il encore maintenant,
les aquarelles quil rend à chaque concours darchitecture,
en même temps que le projet, ont sans doute influencé
les jurys.
Cest
encore la richesse de ses notes et de ses multiples croquis, rapportés
suite à un premier séjour lors des vacances de Noël
1999, qui a séduit les éditions Gallimard. Le besoin,
cette fois-ci, daller un peu plus loin et de ne pas laisser
les carnets de croquis dans un placard, dun travail véritablement
plus poussé. À quoi bon sinon se mettre à
lécoute si lon ne garde pas lenvie de
restituer la dimension du réel et den rapporter le
récit.
Que deviendraient les voyages, il
est vrai, sans le livre, limage et bien sûr le carnet
de voyage, qui en prolongent la trace ?
La machine sest alors mise aussitôt en
marche : nouveau voyage au Vietnam à Pâques de lannée
dernière pour compléter les premières impressions
et premiers allers-retours entre Brioude et Paris pour peaufiner
la maquette, intégrer aux croquis retenus 800 tout
de même les commentaires à écrire à
la main, puis sortie du livre quelques semaines avant les fêtes
(1). Avec cet ouvrage, disons le tout net, remarquable, Vincent
Besançon a rejoint maintenant la grande famille de ces
hommes aux semelles de vent qui fixent la poussière
de leurs voyages dans lencre et le papier, pour nourrir
les chemins de la mémoire (2).
Tenir
un carnet, cest prendre le temps découter,
de ressentir, dobserver. Cest, en définitive,
passer du statut de voyeur à celui de découvreur,
et cela change tout dans le regard porté sur les autres.
Avec laquarelle, remarque-t-il, je nai
pas le même contact quavec la photo. Jai limpression
de ne plus voler quelque chose. A voir, mais le débat,
en tout cas, est ouvert. En peignant les rues du Vietnam, Vincent
Besançon a suscité la curiosité des uns et
des autres et tissé des liens privilégiés
avec les enfants qui lui servaient de modèles, les étudiants
en architecture qui sinstallaient à côté
de lui pour dessiner ou les commerçants qui linvitaient
à boire une tasse de thé dans leur échoppe.
Au-delà des mots et des différences culturelles,
le dessin a ainsi permis léchange.
Une trace
Entouré
de toute une foule de badauds, écrit son fils Julien,
dans la préface, il saisit dun trait précis
et nerveux la surprenante vitalité de ce pays qui après
des années de guerre jouit de la paix pour enfin vivre
avec frénésie. En réalité,
lartiste-architecte quest Vincent Besançon
ne cherche pas vraiment de sujets particuliers chaque fois quil
voyage : les marchés, la rue, la ville, oui, surtout la
ville, quil voudrait saisir dans toutes ses nuances. Dabord,
par une construction légère, au crayon ou au feutre
et parfois, il ne va pas plus loin , avant de passer
à laquarelle, dans un style de plus en plus dépouillé,
pour ne garder que lessentiel. Le voyage lui a permis délargir
sa palette, de découvrir dautres formes, dautres
climats et forcément dautres couleurs. Un peu comme
Delacroix pendant son séjour au Maroc, qui ramena un somptueux
carnet de voyage.
Tout récit de voyage est un fragment dautobiographie,
rappelle le célèbre écrivain-voyageur Stevenson.
Toujours est-il quil permet déchanger ce goût
immodéré de laventure que partagent tous les
voyageurs. Sans être parfaits On aimerait
en connaître plus sur la vie de tous ceux que lon
peint, note lauteur avec une pointe damertume
, les carnets de voyage, en tout cas, laissent une trace,
et le plus intéressant nest dailleurs pas tant
dans la beauté des choses vues que la singularité
du regard posé sur elles. Ils offrent sans aucun doute
un antidote contre les griseries de léphémère
et les étourdissements de limmédiat.
(1) Carnet de voyage : Vietnam,
de Vincent Besançon, 110 pages en couleurs, couverture
cartonnée, 198 F, éditionsGallimard.
(2) Les dessins originaux de Vincent Besançon, sur le Vietnam
mais aussi dautres destinations, seront exposés à
la Maison de la culture de Clermont-Ferrand, du 16 au 18 novembre
2001, lors de la 2è Biennale du Carnet de voyage.
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