Portrait

JUIN 2001


Auvergne Architectures n° 26
La revue du Conseil régional de l'Ordre des Architectes d'Auvergne.


Pierre Jarlier :
le Sénateur-Maire & l’Architecte sportif


À son arrivée à la mairie de Saint-Flour (Cantal), Pierre Jarlier a rangé ses outils d’architecte. Pour éviter tout soupçon dans le cadre des décisions qu’il serait amené à prendre en tant que nouveau maire.
Portrait d’un passionné qui n’a pas oublié pour autant son passé d’architecte

Pierre Jarlier a vite compris que sa position de maire — élu en avril 1993, à 38 ans — puis de conseiller général et enfin de sénateur ne pourrait faire bon ménage avec son métier d’architecte. Mais les quinze années passées dans une agence ne s’effacent pas aussi facilement et lui servent aujourd’hui “dans sa mission quotidienne d’élu”, quand la municipalité décide, par exemple, de lancer des opérations de requalification urbaine, qui intéressent à la fois la ville haute et la ville basse. Ou quand le conseil général définit une Charte départementale de l’environnement qui tient compte des spécificités de chaque territoire cantalien, en vue de réaménager le cœur des bourgs de manière qualitative, avec le concours d’architectes ou de paysagistes en amont.
Pierre Jarlier présente le texte de loi sur la Solidarité et le Renouvellement Urbain, au Sénat.

Sa formation et son expérience lui ont permis de “tisser des liens étroits entre l’architecture, l’urbanisme et la richesse du patrimoine auvergnat”, remarque, non sans fierté, le maire de Saint-Flour. Par attachement presque filial avec l’architecture, il a tenu quand même à rester inscrit au Tableau de l’Ordre, “pour conserver des liens avec ses confrères et mieux comprendre leurs préoccupations”. Et depuis son élection au Sénat, voilà presque trois ans, il ne ménage pas ses efforts pour introduire la qualité architecturale dans les nouveaux textes de loi, en particulier, celui relatif à la Solidarité et au renouvellement Urbain (SRU), applicable depuis le 1er avril dernier, et la défendre auprès de ses collègues, à l’occasion de colloques sur le “POS qualitatif”, le “Paysage et l’intercommunalité”, la “qualité environnementale des projets routiers, les “Assises nationales des entrées de ville”, ou des étudiants de l’école nationale du paysage et de l’école des ponts et chaussées, en apportant à chaque fois le double éclairage de l’élu et de l’architecte.

La qualité architecturale se renforce
Sans être enthousiaste exagérément, il semble bien pourtant que la qualité architecturale reprenne peu à peu sa place naturelle dans les textes qui viennent de sortir ou qui sont encore en discussion. En tout cas, elle n’a pas échappé au législateur. En tant que rapporteur de la loi SRU, dans laquelle figurait la réforme du Code de l’urbanisme, Pierre Jarlier a plaidé “en faveur de la prise en compte de la qualité architecturale et paysagère dans les nouveaux documents d’urbanisme. À une politique du foncier, insiste-t-il, nous devons substituer une politique du projet urbain, dans lequel la mixité sociale, la diversité des fonctions urbaines et la qualité paysagère et architecturale trouvent leur place”.
Orientations que la loi préconise maintenant dans les schémas de cohérence territoriaux et les plans locaux d’urbanisme, permettant l’élaboration de véritables projets urbains. “Le traitement des entrées de ville”, auquel tient beaucoup le maire de Saint-Flour, qui reçut le prix national en 1996, souvent saccagé par des aménagements anarchiques, est prévu dans ces schémas. de la même façon, les plans locaux d’urbanisme, qui remplacent les POS auxquels on reprochait l’absence de volet qualitatif, possèdent, eux, un volet architectural et paysager, offrant ainsi aux architectes un nouveau champ d’intervention.”

Toujours rapporteur au Sénat d’un autre texte, qui intéresse toute la profession, sur la commande publique, dans le cadre d’un projet sur la Mesure d’urgence à caractéristique économique et financière (MURCEF), Pierre Jarlier défend là une nouvelle loi, pour intégrer le système français dans les nouvelles directives européennnes, qui privilégient la libre concurrence dans le domaine de l’ingénierie public. Là encore, il s’agit de donner aux architectes la possibilité de postuler dans les mêmes conditions de consultation et de rémunération que les services de l’État — principalement les DDE et les DDA — aux marchés lancés par les collectivités. “Avec ce projet, s’il est voté, rappelle le sénateur du Cantal, les services de l’État seront soumis aux mêmes règles que les cabinets privés.”

Tout n’est pas gagné pour autant, regrette-t-il. “De grands groupes interviennent de plus en plus sur le marché et dictent leurs condition.” Il reste néanmoins confiant dans l’évolution du métier d’architecte, “l’homme de l’art qui peut répondre, s’il maîtrise bien son projet, aux attentes des habitants et des élus pour un meilleur cadre de vie.” Pour lui, “l’architecte devient le garant de cette demande, dès lors qu’il saura s’adapter aux nouvelles missions qui s’ouvrent à lui.”

 


 

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