Auvergne Architectures n° 27

NOVEMBRE 2001


Enjeu
Par Jean-Paul Lanquette
 

Arbitrages ministériels, consultations, négociations.
La réforme de la loi de 77 prend forme dans un climat serein… Pour ce qui concerne les rapports de la profession avec la Direction de l’Architecture et du Patrimoine.
Nous étions en réunion plénière, Conseils régionaux et national, le 29 juin dernier à Arc-et-Senans, en présence de Wanda Diebolt, Directrice de l’Architecture et du Patrimoine, et la discussion a été franche et détendue. Nous avons écouté et nous avons été entendus… Un climat de confiance qui m’avait laissé le sentiment que nous travaillions bien pour une tâche commune : l’amélioration de la qualité architecturale dans ce pays.
Erreur grossière si j’en crois Alain Sionneau, Président de la FFB (1). Nous étions naïvement et consensuellement en train de participer à une œuvre de destruction sans précédent, à un projet “scandaleusement argumenté” aux “conséquences catastrophiques pour toutes les entreprises”.
L’abaissement du seuil de recours à l’architecte à 20 m2 ou l’instauration d’un permis de réhabilitation “constitueront autant d’obstacles à l’investissement et de freins au développement du marché, les budgets de nos clients n’étant pas extensibles”, dit A. Sionneau, qui poursuit en soulignant l’opposition “résolue des ingénieurs-conseils, des bureaux d’études, des promoteurs constructeurs, des techniciens de la construction, des représentants des consommateurs et des constructeurs de maisons individuelles… sans oublier certains architectes eux-mêmes”.
Il conclut : “Nul ne saurait contester l’intérêt d’une meilleure prise en compte de la qualité architecturale dans la construction (…) mais que l’on ne compte pas sur nous pour que cette réforme se fasse aux dépens de nos clients et de nos entreprises”.
Simpliste et démagogique : les architectes sont trop chers, ils grèvent trop lourdement les budgets et mettent en péril les entreprises du bâtiment.
M. Sionneau devrait balayer devant sa porte.
• Qui a pratiqué le dumping sur les prix pour favoriser l’extension des majors au détriment des entreprises moyennes qui avaient le savoir-faire et constituaient un tissu économique solide dans nos régions ?
• Qui pratique aujourd’hui en entreprise générale le saucissonnage des marchés au prix les plus bas, entre les sous-traitants interchangeables, ligotés par des contrats léonins, taillables et corvéables à merci, mis dans l’impossibilité de se développer ou d’investir ?
Je n’ai pas le sentiment qu’aujourd’hui la défense du consommateur soit assurée avec autant de pugnacité que celle des marges des grands groupes.
• Qui a laissé se dégrader la qualité de construction des maisons individuelles de manière inquiétante ces dernières années, en faisant appel à une main-d’œuvre sous-qualifiée, à un sous-artisanat à qui on impose des prix intenables ? On multiplie les sinistres et le système fonctionne grâce aux assurances…
L’intérêt de l’Architecte est de produire des constructions de qualité et il sait qu’il lui faut pour cela des entreprises de qualité qui pratiquent des prix justes.
Parce qu’il a des exigences et parce qu’il est responsable, l’architecte est le meilleur défenseur de l’entreprise ou de l’artisan et par là du consommateur.
Il ne faut pas se tromper de cible, il ne s’agit pas d’une guéguerre entre entreprises et architectes. C’est une guerre contre la vente à n’importe quel prix et le profit maximum à tout prix.
Le combat que mène la FFB au plan national est tout à fait suspect.
Nous sommes des casse-pieds que l’on aimerait mieux voir salariés des grands groupes financiers, des bureaux d’études des promoteurs et des CMI. Il est sûr qu’alors, personne ne nous contesterait l’intervention au premier mètre carré.

Jean-Paul Lanquette, Président

(1) Éditorial du Bulletin “Bâtiment Actualité” de septembre 2001.

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