Auvergne Architectures n° 28

Avril 2002


Enjeu
Par Jean-Paul Lanquette
 

Sommes-nous en passe de devenir des concepteurs-façadiers responsables ? Grâce à Dieu non si nous restons vigilants. Le 28 décembre, le Conseil d’État a donné raison au fond à notre Conseil dans un procès qui l’opposait depuis de nombreuses années au Conseil général du Puy-de-Dôme pour le marché de conception-construction du collège Jean Vilar à Riom.
L’intérêt à agir de l’Ordre a été reconnu alors qu’il avait été dénié par la Cour administrative d’Appel de Lyon dont l’arrêt a été annulé. On en revient ainsi aux conclusions des experts près la Cour de Cassation qui étaient que ce recours à la procédure conception-construction n’était pas justifié.
Récemment, la communauté d’agglomération de Vichy lançait la même procédure de conception-réalisation (vocable actualisé) pour son siège. Elle l’annulait peu de temps après, suite à une requête déposée par notre conseil au Tribunal administratif de Clermont-Ferrand. C’est une sage décision.

Pourquoi avoir recours à une telle procédure quand on peut :
• Passer des marchés d’études et de définition.
• Confier des études de diagnostic détaillé à des intervenants extérieurs à la maîtrise d’oeuvre (il s'agissait à Vichy d’une réhabilitation et le diagnostic ne fait pas partie de la mission de base).
• Consulter sur performances certains lots sur avant-projet sommaire lorsque l’on doit avoir recours à des techniques spécifiques qui conditionnent la suite du projet.

La facilité apparente sans doute de n’avoir que deux interlocuteurs, de penser gagner du temps… alors qu’au moindre problème, la cascade des appels en cause fait que l’on se retrouve à 50 autour de l’expert, et que le temps nécessaire à la réflexion et à la maturation d’un projet est quasiment incompressible.

Facilité et marché de dupes pour le Maître d’Ouvrage. Comment peut-on apprécier la teneur d’un projet a priori ficelé et complet en une seule réunion de jury ? Le seul moyen du Maître d’Ouvrage pour obtenir ce qu’il veut sera de mettre en avant son programme qui devra définir la teneur précise des prestations attendues dès l’origine. On a bien du mal à imaginer que la vie et l’évolution d’un projet soient figées à ce point et bétonnées tel le mur de l’Atlantique face à des juristes pointilleux. Gare aux avenants !

Marché de dupes pour l’Architecte. Peut-on penser que l’Architecte restera libre de ses choix face aux impératifs de l’entreprise générale qui contractera ? L’Architecte donne, l’entreprise vend. Chacun son rôle et sa logique. Le mariage arrangé de ces deux intérêts n’est pas en faveur de l’Architecte et de ses exigences qui gri-gnotent la marge de l’entreprise et sont rapidement écartées au détriment de la qualité. La condition essentielle de la qualité de notre production, c’est l’indépendance. Même si c’est une position d’équilibre pénible à tenir, nous la défendrons pour défendre la qualité de l’Architecture.

Jean-Paul Lanquette, Président

 

[Haut de la page]


40, bd Charles-de-Gaulle - 63000 Clermont-Ferrand
Tél : 04-73-93-17-84 / Fax : 04-73-34-39-09 - Email
© Ordre des Architectes - 1998