| JUNGLE
DES LOIS ET LOI DE LA JUNGLE.
L’excès de lois tue la loi, c’est bien
connu. Le maire d’une petite commune rurale qui veut
aujourd’hui agrandir son école primaire ou
construire une salle des fêtes a bien du souci s’il
veut respecter les textes en vigueur.
D’abord la loi M.O.P. article 2 :
évaluer les besoins, la localisation, dresser un
programme précis, déterminer une enveloppe
financière prévisionnelle… “Définir
les objetifs de l’opération et les besoins
qu’elle doit satisfaire ainsi que les contraintes
et exigences de qualité sociale, urbaniste, architecturale,
fonctionnelle, technique et économique d’insertion
dans le paysage et de protection de l’environnement,
relatives à la réalisation et l’utilisation
de l’ouvrage” (sic).
Qui sait cela ?
Comment expliquer à un conseil municipal que cette
préparation est indispensable et qu’il faut
déjà sortir de l’argent sans apparemment
avancer un projet qui est par définition urgent ?
Généralement cette préparation est
totalement négligée et se résume en
un squelette de programme fonctionnel (dans le meilleur
des cas), et un budget qui ne se justifie que par les capacités
d’endettement de la commune, sans qu’il soit
établi de cohérence entre les deux.
On me disait il y a quelques jours que “les
études les plus chères sont celles que l’on
ne fait pas”, quel bel aphorisme tant de
fois vérifié. Combien d’opérations
se perdent dans des dédales de modifications, d’avenants,
de conflits, de manipulations tordues pour aboutir finalement
à des dépassements coûteux pour la collectivité
faute de montage sérieux ?
Ensuite le nouveau code des marchés publics
: désigner un maître d’oeuvre,
trois seuils d’honoraires déterminent les procédures
à suivre. Si les concours sont aujourd’hui
relativement bien balisés et ne connaissent plus
les errements d’il y a quelques années, il
n’en va pas de même pour la procédure
négociée et celle sans formalisme. La négociation,
si l’on suit les excellentes directives de la M.I.C.Q.P.
apparaît infiniment lourde, longue et compliquée
aux élus, elle demande un véritable engagement
et du temps. On la sacrifiera donc rapidement en la ramenant
au seul critère du montant des honoraires.
La procédure sans formalisme en apparence mais avec
un peu de formalisme tout de même si on lit les instructions
et commentaires du code, apparaît comme un piège
frustrant : il faut faire jouer la concurrence sans voir
aucune image… On bâtit alors des procédures
hybrides plus ou moins sophistiquées tenant un peu
des deux autres jusqu’à la mise en place de
petits concours sauvages non rémunérés
et parfaitement illégaux.
Enfin les travaux et leur cortège
d’obligation de règlementation, de normes,
de responsabilités, d’assurances, et les aléas
inévitables.
L’alternative commode sera donc la facilité.
Le mauvais exemple vient d’en haut.
La loi d’orientation et de programmation pour la sécurité
intérieure qui permet, par dérogation au Ministère
de l’Intérieur, d’avoir recours à
la procédure “conception réalisation”
fondée sur l’urgence face à l’insécurité,
vient d’ouvrir une brèche sérieuse bien
que nos ministres s’en défendent en insistant
sur son caractère exceptionnel et ciblé. Déjà
le Ministère de la Santé est intéressé
par ces dérogations et ses motivations sont sans
doute tout aussi légitimées par l’urgence
et l’intérêt public.
Demain, nos élus locaux pourront tenir le même
discours inattaquable qui fera sans doute rapidement tâche
d’huile vu les apparentes clarifications qu’il
apporte.
Imaginons un montage simple d’une consultation d’entreprises
chargées de la conception, la construction et bien
sûr de l’entretien de notre extension d’école
primaire ou de notre salle des fêtes. Fini les obligations
pénibles, les démarches laborieuses, vive
l’efficacité du choix clef en main entre trois
images, trois prix et voire trois financements. Une recette
qui a fait le bonheur des constructeurs de maisons individuelles.
Déresponsabilisation et facilité.
Une recette qui est la négociation de la création
architecturale et de la qualité, elle fait la fortune
des grands groupes en étouffant les compétences
locales des architectes et ingénieurs, en asservissant
les PME du bâtiment.
Nous ne voulons pas de ce monde là.
Que ceux qui pensent que mon discours n’est motivé
que par un corporatisme étriqué se retournent
et regardent les erreurs (pour ne pas dire les horreurs)
qu’ont produit par le passé les politiques
des modèles hospitaliers ou scolaires ou de logements,
et ce qu’ils ont coûtés. Qu’ils
considèrent le désastre paysagé et
écologique de nos lotissements et réfléchissent
au-delà du rideau de fumée des apparences
et des formules, à ce que contient véritablement
la notion de développement durable.
Jean-Paul
Lanquette, Président
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