Depuis quelques jours,
les filiales de “groupe
dominant du BTP” consultent des architectes
pour participer à des projets de construction de gendarmeries. En toute
simplicité, il est demandé aux architectes de
travailler “à leurs frais avancés” – en d’autres
termes pour rien – depuis l’esquisse jusqu’à la phase
permis de construire. En cas
de concrétisation de la commande par le groupe, l’heureux élu
architecte sous-traitant se verra gratifié d’une mission complète
rémunérée à 5 % (en Auvergne ou 4,5 % en Midi-Pyrénées).
Avant l’arrivée des PPP, voici les premiers effets de la loi sur
la
programmation pour la sécurité intérieure du 29 août
2002.
Sont-ils d’ailleurs véritablement conformes à cette loi ?
Prenez les risques de dessiner gratuitement un projet, autant de fois
qu’il le faudra et vous travaillerez si tout va bien pour un montant
d’honoraires indigent.
Jean-François Susini, Président national, alerté, a questionné en
mars 2004 notre ministre de tutelle Jean-Jacques Aillagon, Gilles de Robien,
ministre de l’Equipement et le Premier Ministre,
Jean-Pierre Raffarin : “Monsieur le Premier Ministre, je me permets
d’attirer votre attention sur les premières pratiques qui commencent à poindre
dans le cadre des Partenariats Publics Privés et qui sont de nature, me
semble-t-il, à paupériser définitivement les architectes
entraînant par la même la fin de la recherche et de la
création architecturale. Je vous serais particulièrement reconnaissant
de mettre tout en œuvre pour que ceux qui se comportent
ainsi auprès des architectes rectifient leur attitude. Je me suis ouvert
de ces difficultés à messieurs les ministres de la Culture et de
l’Équipement en leur faisant remarquer que d’emblée
la
réalité dépasse nos analyses antérieures les plus
pessimistes.
Espérant que le gouvernement soit, cette fois dans son ensemble, sensible à nos
inquiétudes, je vous prie de bien vouloir agréer, monsieur le Premier
Ministre, l’expression de ma haute considération”.
La réalité dépasse en effet la fiction…
Parallèlement
une petite commune de l’Allier lance une consultation en conception- construction
pour 200 m2 d’atelier-relais. Un centre de formation professionnelle
agricole – maître d’ouvrage public – consulte par un
courrier restreint quelques architectes choisis pour obtenir une esquisse et
une estimation des travaux,
ceci sur la base d’un programme de 4 pages et bien sûr non rémunéré.
Nous sommes en plein far-west. L’imbroglio de réglementations compliquées
par
les modifications incessantes et jamais achevées du Code des marchés
publics,
la brèche ouverte par les PPP ont généré des comportements
de cow-boy. On
s’assoit sur la loi et on passe en force, l’exemple vient d’en
haut.
Une movida ultra-libérale, une explosion de pratiques anarchiques qui
contrebalanceraient
une pression législative trop longtemps maintenue… Comme si quelque
part une soupape s’était ouverte, un feu vert allumé.
D’où vient ce comportement ? De notre gouvernement ? Du Médef
? De l’Europe qui se fait fort d’être plus libérale
et plus étatsuniennes
que les États-Unis eux-mêmes, pour tenir son rang dans
la guerre économique qui nous oppose ?
N’a-t-on pas autre chose à vendre que la sacro-sainte efficacité,
soi-disant rentable et finalement sclérosante… tel que les valeurs
de l’intelligence tout simplement ? |