Auvergne Architectures n° 36

Avril 2005


Enjeu
Par Jean-Paul Lanquette, Président
 

Un débat était organisé le 11 mars dernier dans le cadre
du Salon de l'Habitat à l'initiative de la Cellule Économique Régionale sur le thème "Qualité de l'habitat individuel : des formes nouvelles, des règlements adaptés".

 

La Direction Départementale de l'Équipement présentait le fruit du travail d'une commission où depuis quelques mois, constructeurs, géomètres, architectes, promoteurs, aménageurs, urbanistes et la DDE planchaient
sur des voies possibles d'évolution raisonnée et plus économe en paysage que les formes habituelles du lotissement.

Ce travail était formalisé par des propositions d'implantation alternatives à
la marge de recul de 5 m et au cube sclérosé sur sa parcelle.

Il était illustré par d'adroits croquis.

Un aréopage représentatif des acteurs de la construction, dont je faisais partie, était sur scène face au public,
la DRE, trois Maires, le Directeur de la maîtrise d'ouvrage de l'Opac du Puy-de-Dôme, les Présidents des Aménageurs Lotisseurs et Promoteurs d'Auvergne et Monsieur Christian-Louis Victor, Président de l'UNCMI.


Rapidement le débat prenait forme.

Les architectes étaient franchement favorables à un urbanisme plus dense -qu'ils savent parfaitement produire depuis longtemps-,
les élus locaux mitigés et partagés (pour les deux tiers) entre le souci d'économiser les zonesà construire et la crainte d'être responsables de productions bâties impopulaires,
les constructeurs extrêmement réservés quant à l'avenir de la commercialisation de "produits" aussi denses.
Je dis "réservés" pour ne pas dire franchement hostile…

Monsieur Victor, à grand renfort d'enquêtes du CREDOC, d'expliquer que "le Français" veut un pavillon individuel
à 3 mètres des limites de la parcelle, son jardin… son indépendance, le "produit" en somme que les constructeurs savent faire et vendre.

Une démarche commerciale logique lorsqu'on vend de la lessive peut-elle s'appliquer en matière de paysage, de consommation de l'espace, d'impact sur l'environnement ?

L'enjeu n'est pas le même, le goût actuel de la ménagère de la tranche 30 - 50 ans d'un linge souple, parfumé,
et de couleurs qui gardent leurs éclats, n'a pas le même poids que les options que l'on prendra en matière d'urbanisme.

Notre responsabilité (à tous, audelà des architectes) vis-à-vis de générations futures est bien de susciter
l'appétit d'architecture, d'éviter le gaspillage, de faire l'effort de convaincre plutôt que de flatter les aspirations
les plus basiques.
Je dis "basiques" par pudeur pour ne pas dire putassières…

La facilité et la démagogie ne sont pas génératrices de progrès.

La production de "produits" n'est pas du "développement durable" sauf en matière de cuniculiculture.

 

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