Lécole d'architecture de Clermont-Ferrand
organisait le mois dernier un cycle de
quatre conférences autour de Sabourin.
Le déménagement de l'école dans l'ancien sanatorium est
l'occasion de réfléchir et de "rebondir" vers une grande école
nationale supérieure d'architecture du Massif Central.
Des liens se tissent avec le collège, le lycée et le cinéma Rio
tout proche ; l'accueil des étudiants se met en place, les projets
germent…
Le bout de ville qui paraissait être une terre
d'exil s'avère être une terre de projet…
Avec ma légèreté habituelle, j'ai fait part de mes craintes aux
inspecteurs généraux des Monuments historiques présents à
l'une de ces conférences.
Je redoute en effet un poids trop fort des contraintes patrimoniales imposées qui
serait un frein à l'appropriation des lieux et à son évolution formelle.
Je me suis fait bien sûr renvoyer dans mes foyers vertement
: "Tout architecte intelligent sait qu'une contrainte est une
richesse, le bâtiment est tellement fort qu'il saura s'imposer de
lui-même et rejeter tout appendice ou greffe tapageuse dont on
essaierait de l'affubler".
Il n'empêche, tel que l'a rappelé son directeur Paul Leandri, qu'il
ne s'agit pas d'une restauration de Sabourin mais bien de l'aménagement d'une école d'architecture. Il ne faut pas se tromper de cible,
ce que l'on attend est un lieu de vie et de création, et non pas un musée de
la tuberculose.
Déjà des voix s'élèvent pour déplorer la démolition des cloisonnements intérieurs
et de la perte du "sens" du bâtiment qui deviendra une "coquille vide".
À croire que l'on aurait préféré la déploration d'une
démolition à l'engagement risqué d'une réappropriation.
Il est grand temps d'oublier Sabourin et de construire une grande école.
La réforme de l'enseignement de l'architecture sur la structure européenne du
LI MA DO (licence, master, doctorat) poursuit son chemin, la sixième année
qui suit le master sera une année de professionnalisation.
Malgré les demandes réitérées de la profession, cette période a été réduite à
une peau de chagrin de six mois : c'est sans doute mieux que rien.
Un récent sondage auprès des architectes régionaux a démontré qu'ils
avaient la capacité d'accueillir les stagiaires chaque année. Il reste à trouver
les aménagements fiscaux et sociaux ou à adapter ceux en place pour permettre
de les payer décemment.
L'école, l'Ordre et notre tutelle commune mettent actuellement
sur pied un pôle de formation continue régionale qui sera un lieu
de contact entre les professionnels et l'école…
Tous ces éléments mis bout à bout forment un grand projet
régional pour l'Architecture. Des étudiants de Paris-La Villette
endoctrinés par quelques dinosaures post-soixante-huitards,
qui voient encore planer l'ombre du maréchal Pétain sur l'Ordre,
crient à la mainmise de la profession sur les écoles par le stage
de professionnalisation. Ici, dans notre province isolée, on travaille à une
grande oeuvre, conscients des limites imposées et des compromis nécessaires
mais confiants et enthousiastes dans une collaboration fondée sur un
respect mutuel et dépourvue de sectarisme.
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