Auvergne Architectures n° 55

Juillet 2011


Enjeu
Par Geneviève Panthéon, Présidente de l'Ordre des Architectes
 

Une profession mobilisée… pour la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans le milieu, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine.

En juin 2010, Benoist Apparu, secrétaire d’État au Logement auprès du ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, a lancé ce grand chantier qu’est “l’urbanisme de projet”. Il ne s’agirait pas de dérèglementation ou de dérégulation, mais de simplifications et de mises en
cohérence des règlementations et des outils de l’urbanisme qui devront mieux garantir l’intérêt public. Les architectes ont toujours exprimé cette nécessité de limiter la consommation foncière, de lutter contre l’étalement urbain, de favoriser la densification du bâti, de permettre la réalisation de projets novateurs, de répondre aux enjeux du Grenelle. Toutefois, dans les nombreuses mesures proposées, les architectes ont entendu celle qui n’a fait l’objet d’aucune concertation, qui n’est donc pas écrite mais qui a été annoncée à plusieurs reprises par le secrétaire d’État au Logement, au cours d’interviews. Sous couvert de faciliter les procédures, “le seuil de soumission des projets d’extension à permis de construire sera également relevé de 20 à 40 m2 en zone urbaine” (interview de B. Apparu – Le Moniteur – 09/06/2011). Parallèlement au relèvement de ce seuil, la réforme des “surfaces Grenelle”, visant à accompagner la performance énergétique, permettra un gain de constructibilité de 10 à 15 % par substitution d’une nouvelle surface de plancher aux actuelles SHOB et SHON. Nous comprenons que cet “urbanisme de projet” permettra de “construire plus” et de répondre en particulier aux besoins en logements, mais qu’en est-il du “construire mieux” ?
Ce mieux ne s’appliquerait-il qu’à la programmation urbaine ? Qu’en est-il de la qualité architecturale et constructive, de l’insertion urbaine, du respect de l’environnement si chacun peut construire un bungalow de 40 m2 ou agrandir de 40 m2 un bâti existant sans recours à l’architecte ? De quels moyens et compétences les maires disposeront-ils pour apprécier la qualité des constructions faisant l’objet d’une simple autorisation de travaux ? Les architectes continueront donc de se mobiliser et d’alerter les pouvoirs publics sur ce “construire plus et mieux” qui risque de conduire à un “construire vite et mal”… préjudiciable à l’intérêt public.

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